Comment interpréter une chanson avec émotion

 

crédit: Zacharie Turgeons

 

J’me souviendrai toute ma vie de mes cours d’interprétation vocale avec Marie-Claire Séguin à l’École nationale de la chanson. (Si par hasard, tu l’as aussi eue comme coach, t’es clairement pas resté indifférent toi non plus!)

J’avais déjà pas mal de connaissances en interprétation scénique à l’époque parce que je sortais entre autres de 3 ans d’études en théâtre musical, mais c’est surtout les outils des cours de Marie-Claire qui me servent encore aujourd’hui à chaque fois que je monte sur scène. Ce que je me souviens surtout, c’est à quel point on se sentait tout nus et vulnérables à chaque fois qu’elle nous faisait chanter. C’est là qu’elle voulait nous amener. Directement à nos vraies émotions… même celles qu’on aurait voulu se cacher à nous même.
À travers l’année scolaire, tout le monde a fini par pleurer au moins une fois en chantant.
Peu importe l’émotion, quand c’est vraiment fort, y a souvent des larmes qui viennent avec.
Pis… c’est quand même puissant à vivre.

C’est pas banal chanter des chansons!

 

J’suis pas en train de te dire que tu devrais brailler sur scène à chaque toune, loin de là! Ça c’est pas une super bonne idée! Haha! Mais ça pourrait très bien faire partie de ton processus de travail avant de chanter un nouveau morceau à un auditoire, y'aurait pas de mal à ça.
C’est souvent quand on arrive vraiment à ressentir la charge émotive d’une chanson qu’on comprend ensuite comment la transmettre.

 

Il y a toutes sortes de façons de travailler son interprétation. J’te partage les points importants, selon mon expérience.
Ce travail-là peut se faire pour n’importe quelle chanson. Autant pour les chansons qui te font triper que pour celles qui sont à des années-lumière de ton style musical, ou même celles que tu as toi-même écrites.

 

1.     Travailler d’abord le côté technique

Avant même de penser à mettre des efforts sur l’interprétation, il faut prendre le temps d’acquérir tout le côté technique de la chanson :

·      choisir une tonalité confortable

·      la travailler et surmonter les défis vocaux

·      l’apprendre par cœur

·      modifier certains éléments pour s’approprier la chanson différemment de l’originale (sans pour autant changer la mélodie et le texte)

·      etc.

 

Bref, on veut la connaître sur le bout de nos doigts pour ne plus avoir à réfléchir à ces éléments-là pour la suite.

 

2.     Se questionner sur le texte

Une fois que la chanson est intégrée, c’est le temps de se pencher sur la signification du texte. Sais-tu ce que tu dis? Je sais que tu vas me dire oui parce que tu connais déjà la chanson par cœur! Mais alors, arrives-tu à répondre à ces 3 questions-là? :

 

Qui chante?

Pas dans le sens du chanteur qui chante, mais dans le sens du personnage qui raconte l’histoire. Dans quelle situation se trouve ce personnage? C’est quoi son âge, ses relations, ses émotions, ses envies, son avenir, son passé, sa situation amoureuse, financière et de santé? Quels sont tous les détails que nous laisse deviner le texte?


À qui il/elle chante?

Là encore, je parle pas des spectateurs, mais plutôt de l’interlocuteur du personnage. Est-ce qu’il s’adresse à son/sa bien-aimé(e)? À un groupe de personnes précis? À lui-même dans le moment présent ou d’une autre époque?

 

Pourquoi il/elle chante cette chanson?

Quel est l’objectif de la chanson? À quoi sert-elle? Qu’est-ce que le personnage souhaite exprimer? Peux-tu résumer la chanson en une phrase?

 

En connaissant les réponses à toutes ces questions, dès que les premières notes de la chanson commenceront, tu seras déjà en train de la vivre, parce que tu auras déjà conscience de tout son contexte. Avant même de chanter quoi que ce soit, prends le temps d’incarner le personnage, de visualiser ton interlocuteur et de te rappeler pourquoi tu as besoin de lui exprimer cette chanson.

 

3.     Se connecter aux paroles

Ensuite, le secret, c’est de rester 100 % présent avec le texte tout au long de la chanson. Il faut arriver à prendre conscience à chaque seconde des mots qu’on est en train de dire et de leur sens.  


Identifie l’émotion que chaque paragraphe comporte. Pour chaque couplet, refrain et bridge, pis même pour les « La la la », les « Ouh », les « yeah » ou n’importe quelles notes chantées qui ne sont pas des mots. C’est important de leur donner un sens, ils n’ont pas été mis dans la chanson pour rien.

 

La chanson raconte une histoire que t’as jamais vécue? Demande-toi alors qu’est-ce que tu as déjà vécu qui t’as déjà fait ressentir des émotions similaires. Nourris-toi des émotions de ce souvenir-là et transpose-les dans le texte.

 

Rappelle-toi qu’on veut que la chanson évolue tout le temps, que chaque vers apporte une information de plus. MÊME les refrains qui se chantent plusieurs fois avec la même mélodie et les mêmes paroles ne devraient jamais répéter la même intention. La 2e fois que tu chantes un refrain, t’es rendu ailleurs par rapport à la 1re fois. Tu devrais être en mesure de faire prendre un nouveau sens aux mêmes mots à chaque fois.

 

À cette étape-ci du travail, c’est vraiment important d’aller rechercher les définitions de mots que t’es pas sûr de comprendre.
Ça fait pas vraiment de sens de chanter des mots qu’on comprend pas, non?

 

Une fois qu’on a saisi la théorie, au moment de mettre tout ça en pratique, j’aime bien l’idée d’essayer de « parler » la chanson sur les notes au lieu de la « chanter ». Ça revient un peu au même sauf que ça nous permet de mettre toute notre énergie sur ce qu’on raconte. C’est plus facile de se connecter au message d’une chanson quand on y enlève les artifices vocaux.
Ensuite on pourra choisir de rajouter consciemment du vibrato, du belting et des riffs ici et là pour servir l’émotion.

La plupart du temps, quand l’interprétation est maîtrisée, la technique vocale suit d’elle-même et même les défauts de la voix deviennent jolis parce qu’ils sont connectés à de l’authentique.

 

 

4.     Avoir conscience du public

L’étape finale du processus, c’est de tester tout ça sur scène. À ce moment-là, il y a une autre contrainte à gérer : le public.
Toutes ces émotions qu’on a nommées plus haut, quand on veut les transmettre, il ne suffit pas de les vivre de l’intérieur, il faut aussi arriver à les extérioriser. À les raconter avec tout notre corps. À montrer sa vulnérabilité.
Même si le texte de la chanson ne s’adresse pas nécessairement aux spectateurs, c’est pour eux qu’on chante. Donc on veut avoir une attention pour eux en établissant un contact visuel avec toute la salle. On veut faire sentir que chaque personne présente est précieuse, qu’on s’adresse à chacune d’elle.

La phrase magique à se dire en montant sur scène c’est : « Écoutez-moi, j’ai un truc urgent à vous dire. »

 

 

 

 

Je termine là-dessus sinon je m’arrêterai jamais!
Je crois qu’avec tout ça, t’as en masse de matériel pour faire vibrer les mots et charmer les cœurs! Haha!

Have fun!